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Time with a Gift of Secrets
Exposition, Art Contemporain
Artistes:
Arielle Assouline-Lichten
Leonor Berrehar
Quentin Fromont
Martina Guandalini
Chemsedine Herriche
Maryam Khrosrovani
Amanda Krische
Nora Lyzsa
Ingha Mago
Clara Mauvillain Anneix
Thomias Radin
Hakim Sahiri
Eva Warne
1er novembre 2025 - 9 Novembre 2025
Slash Object, 224 Centre St, NY 10013 New York
Dans un monde saturé d’images et de transparence forcée, l’exposition Time with a Gift of Secrets interroge les espaces laissés à l’opacité, à ce qui demeure inexprimé, invisible ou incertain. Les artistes y explorent comment des récits, des mémoires et des vérités peuvent circuler sans être possédés, offrant des espaces de partage collectifs et intimes où le secret devient matière à réflexion plutôt qu’objet de révélation. Inspirée par la tradition du crieur public et par la notion glissantienne du « droit à l’opacité », l’exposition invite les spectateur·rice·s à s’immerger dans un univers où la voix et le geste artistique traduisent ce qui échappe à l’auteur, tout en questionnant la manière dont se construisent les histoires, les mémoires et les silences dans notre expérience du monde.

Dans un monde hyper-surveillé, où la visibilité se déverse sans cesse en flux de données, l’espace laissé à l’opacité, là où les choses restent inexprimées, illisibles ou non résolues, se fait de plus en plus rare. L’exposition explore cette tension, interrogeant ce que signifie « tenir » ou « libérer » un espace face à cette visibilité constante. Elle examine l’équilibre fragile entre mémoire collective, intimité et pouvoir, créant des lieux où les récits peuvent circuler sans être possédés. Les artistes ouvrent des espaces où l’histoire peut être partagée sans être revendiquée, où le silence conserve une densité puissante et où la vulnérabilité du non-dit devient un contrepoint vital à un monde qui exige la transparence.
Dans ce contexte, les œuvres incarnent une théorie articulée par Sylvia Federici dans son exploration des rumeurs : l’idée que la circulation de ce qui est caché, incertain ou obscur peut perturber les récits dominants et favoriser des formes alternatives de savoir et de résistance, résonnant avec la notion glissantienne du « droit à l’opacité », selon laquelle certains savoirs, identités ou vérités n’ont pas besoin d’être pleinement transparents pour exister ou être respectés.
À l’image du crieur public médiéval, dont la voix devient un vecteur de ce qui échappe à l’auteur, l’exposition transforme certains secrets en rituel collectif. Dans les semaines précédant l’événement, des secrets anonymes, privés, non vérifiables et volontairement opaques, sont recueillis dans la « salle des secrets » pour constituer la matière d’une performance écrite, interprétée et partagée par un trio. Ce rituel ne cherche pas à révéler, mais à explorer ce qui a été tenu caché, faisant place à l’indicible. Ces secrets ne sont pas destinés à être dévoilés, mais partagés d’une manière qui défie les limites du langage et invite à une connexion plus profonde avec ce qui reste inexprimé, exprimé non seulement par les mots, mais aussi par les mouvements et les sons.
Ici, le secret n’est pas tant une expérience d’intimité que de limite, un seuil où le langage s’effondre. Le silence cède au cri, et le sens tremble au bord de la disparition. Créer un espace où le secret se déploie dans la liminalité, entre confidence intime et confession publique, ouvre une brèche où la valeur ne réside pas dans le secret lui-même, mais dans l’acte de le partager. Il esquisse une communion, un lieu où chacun peut pleinement habiter sa singularité dans l’expérience partagée, dans l’esprit du commun, là où les secrets cessent d’être de simples vérités cachées pour devenir des actes de réunion. Les frontières entre connu et inconnu se transforment, créant un espace collectif où intensité et opacité offrent une forme alternative de connaissance. Capucine Berkrouber & Chloé Bonnie More










